Secrétaire Général de la Fédération Béninoise de Volleyball, référent digitalisation HAVOBA et directeur du projet Volleyball Impact, Cokou Romain Ahlinvi porte une vision du sport tournée vers l’impact social. Soutenu par le programme « Vivre Ensemble par le sport » de l’ambassade de France au Bénin, le projet s’appuie notamment sur la méthode HAVOBA, fondée sur la formation de formateurs et la diffusion en cascade des compétences. Une approche qui vise à ancrer durablement l’égalité filles-garçons dans les pratiques sportives locales.
Quel rôle a joué HAVOBA dans la mise en œuvre du projet ?
HAVOBA a été central dans la mise en œuvre, notamment à travers ses référents en arbitrage, féminisation et entraînement. Ils ont appliqué une logique de formation de formateurs.
Douze cadres techniques ont d’abord été formés, puis ont formé 64 animateurs, qui ont eux-mêmes structuré 32 binômes de coachs et équipes mixtes. Cette méthode en cascade, proche d’un effet « boule de neige », permet de diffuser largement les compétences tout en garantissant leur appropriation locale.
Elle s’est révélée efficace pour assurer à la fois la qualité de l’encadrement et la continuité des actions sur le terrain.
Pouvez-vous présenter Volleyball Impact et les besoins auxquels il répond ?
Volleyball Impact est un projet de la Fédération Béninoise de Volleyball, mené avec le Ministère des Sports dans le cadre du programme « Vivre Ensemble par le sport de l’Ambassade de France au Bénin». Il utilise le volleyball comme levier de cohésion sociale et de promotion de l’égalité filles-garçons.
Le projet s’appuie notamment sur la création d’équipes mixtes et de binômes de coachs, afin de favoriser la collaboration entre les jeunes.
Il est né d’un constat : dans plusieurs communes rurales comme Kouandé, Bassila, Bembèrèkè et Nikki, l’accès au sport est limité et peu structuré, en particulier pour les filles. L’objectif est donc double : développer la pratique du volleyball et promouvoir une culture d’égalité, de respect et de collaboration.
Comment vos objectifs ont-ils évolué au fil du projet ?
Au départ, il s’agissait d’initier les jeunes au volleyball tout en promouvant l’égalité de genre.
Mais au fil des huit mois, il est apparu que l’initiation seule ne suffisait pas à transformer durablement les pratiques. Le projet a donc évolué vers une approche plus éducative, intégrant des messages explicites sur l’égalité, avec une attention particulière à la participation active des filles.
Un travail de structuration locale a également été engagé pour assurer la continuité des actions. Le projet est ainsi passé d’une logique d’accès à une logique d’impact social durable.
Comment avez-vous organisé le projet et quels défis avez-vous rencontrés ?
L’organisation reposait sur une structure décentralisée mais coordonnée. Une équipe centrale assurait la stratégie, tandis que des points focaux locaux (enseignants, encadreurs, bénévoles et mairies) géraient les activités dans chaque commune.
Cette organisation a permis d’allier proximité et rigueur.
Le principal défi a été culturel. Dans certaines localités, des résistances existaient concernant la place des filles dans le sport. Pour y répondre, nous avons misé sur la sensibilisation des communautés, la valorisation des filles et la mise en place d’espaces mixtes favorisant la collaboration.
Pourquoi la formation était-elle essentielle ?
La formation est un levier clé de durabilité. Elle permet de garantir la qualité des séances, le respect des règles et la transmission des valeurs du volleyball.
Elle crée aussi des relais locaux capables de poursuivre les activités après le projet.
Au-delà de l’aspect technique, une dimension liée à l’égalité de genre a été intégrée afin que les encadreurs deviennent eux-mêmes des promoteurs de ces valeurs.
Quels changements avez-vous observés chez les jeunes ?
Les évolutions les plus marquantes concernent les mentalités. Les préjugés entre filles et garçons ont diminué.
Les jeunes ont appris à collaborer, à se faire confiance et à reconnaître leurs complémentarités. Ils ont compris que la force physique ne fait pas tout, ni dans le sport ni dans la vie.
Comment mesurez-vous le succès du projet et quelles sont les perspectives ?
Les quatre villes ciblées ont été mobilisées avec le soutien des autorités locales. Au total, 64 animateurs ont été formés, 32 binômes mixtes créés et plus de 200 enfants ont participé aux activités.
Mais au-delà des chiffres, c’est la dynamique qui compte. Les cadres formés poursuivent aujourd’hui le travail sur le terrain.
Cette continuité a déjà permis à 11 jeunes, dont 6 filles, d’intégrer le programme des jeunes officiels du ministère des Sports, illustrant le potentiel de développement et d’impact durable du projet.







