Pour la Fédération française de handball et son président Philippe Bana, le sport ne peut plus se limiter à la performance. À travers l’engagement de la fédération au sein de la Fondation HAVOBA, le handball devient un outil de transmission, d’inclusion et de coopération internationale, notamment en Afrique, où les projets de formation et de structuration se multiplient. Entretien.
Votre fédération joue un rôle central dans la structuration du sport en France. Selon vous, quelle est aujourd’hui la responsabilité d’une grande fédération sportive face aux enjeux sociaux et sociétaux, en France comme à l’international ?
Une fédération sportive ne peut plus aujourd’hui se définir uniquement par ses résultats ou ses performances sur le plan sportif. Sa responsabilité s’est élargie, à la fois en France et à l’international, pour répondre à des enjeux sociaux, éducatifs et même diplomatiques. Tout d’abord, elle doit dépasser la seule logique de performance. Le sport de haut niveau reste essentiel, mais il ne peut être l’unique horizon. Une fédération a le devoir de promouvoir une pratique accessible, inclusive et éthique, qui touche tous les publics, quels que soient l’âge, le milieu social ou le territoire.
Ensuite, le sport constitue un formidable outil de cohésion sociale et d’éducation. À travers ses clubs, ses éducateurs et ses programmes, une fédération contribue à transmettre des valeurs fondamentales : respect, solidarité, engagement, discipline. Elle joue ainsi un rôle structurant dans la formation des citoyens, notamment chez les jeunes, en complément de l’école et de la famille.
Par ailleurs, le sport est un langage universel. Il dépasse les frontières culturelles et politiques, ce qui en fait un levier diplomatique puissant. Une fédération peut participer à des dynamiques de coopération internationale, favoriser le dialogue entre les peuples et contribuer à des initiatives de paix ou de développement, en s’appuyant sur des projets sportifs communs. La transmission du savoir-faire est également au cœur de sa mission. Cela passe par la formation des encadrants, des arbitres, des dirigeants, mais aussi par le partage d’expertise avec d’autres pays. Le développement de programmes de formation et d’échanges permet d’élever le niveau global de pratique et de structuration du sport, tout en renforçant les liens entre les acteurs.
Enfin, une grande fédération a une responsabilité dans le développement du sport au-delà de son cadre national. Elle peut accompagner des pays ou des structures émergentes, contribuer à la professionnalisation des pratiques et soutenir des projets à impact social. Cette ouverture internationale renforce non seulement son rayonnement, mais aussi sa capacité à agir concrètement en faveur d’un sport plus équitable et durable.
La Fédération française de handball est l’un des acteurs de la Fondation HAVOBA. Quel sens donnez-vous à cet engagement et comment s’inscrit-il dans la vision que vous portez pour le développement du handball ?
L’engagement de la Fédération française de handball au sein de la Fondation HAVOBA s’inscrit pleinement dans les valeurs du handball français : solidarité, transmission, coopération et durabilité. Il constitue un prolongement naturel de notre action internationale, avec une volonté claire de partager notre savoir-faire en matière de formation et de structuration, dans une logique d’accompagnement durable plutôt que d’assistanat.
Cette démarche repose sur la mutualisation des compétences avec d’autres disciplines comme le basketball et le volleyball, et sur un travail étroit avec les fédérations locales afin de renforcer leurs structures de manière pérenne. Au-delà du sport lui-même, ce projet porte une ambition plus large : faire du sport un véritable levier de développement social.
Cet engagement prend tout son sens en Afrique, un continent d’avenir pour le handball, riche de talents mais confronté à des besoins importants en matière d’infrastructures, de formation et d’organisation institutionnelle. L’objectif est d’accompagner les acteurs locaux dans leur structuration, de valoriser les sports collectifs et de contribuer ainsi à un développement plus équilibré du handball à l’échelle mondiale.
Enfin, cet engagement s’inscrit dans une vision globale portée notamment au sein de la International Handball Federation, visant à faire de la France un moteur du développement du handball dans le monde, en renforçant les liens avec des territoires pour lesquels il existe un attachement particulier, notamment en Afrique.
Le sport est souvent présenté comme un outil d’inclusion, d’éducation et de paix. Concrètement, comment ce partenariat agit-il pour que ces valeurs dépassent le cadre de la performance et du haut niveau ? Et comment mesurer l’impact réel du programme HAVOBA sur le développement du handball ?
Le partenariat porté par la Fédération française de handball au sein de la Fondation HAVOBA vise précisément à faire vivre les valeurs du sport au-delà du seul haut niveau, en agissant de manière concrète et structurée sur le terrain.
D’abord, il s’agit de rendre la pratique plus accessible. Cela passe par des dons d’équipements, comme des ballons, mais aussi par la création d’infrastructures adaptées. L’installation récente d’un terrain de hand à 4 en Côte d’Ivoire, en partenariat avec l’association Hand by Karl, en est un exemple concret, avec d’autres projets en cours en Tunisie et au Bénin. Ces actions permettent à de nouveaux publics, notamment les jeunes, d’accéder à la pratique dans de bonnes conditions.
L’impact passe également par la formation, qui est un levier essentiel. Des programmes sont déployés pour accompagner les dirigeants dans la structuration de leurs fédérations, mais aussi pour former les formateurs d’entraîneurs et d’officiels, comme les arbitres. À cela s’ajoutent des formations sur des enjeux transversaux majeurs, tels que la féminisation du sport, tant parmi les pratiquantes que dans les instances dirigeantes, ou le développement du sport scolaire. L’objectif est de créer un écosystème solide, capable de faire vivre durablement la pratique de manière souveraine.
Quelques indicateurs d’impact :
- 30 formations ont été réalisées dans les 6 pays partenaires
- Plus de 450 personnes formées dans les 6 pays
- A la suite des dernières formations en Côte d’Ivoire : Le DTN ivoirien de la Fédération ivoirienne de handball va créer un groupe de travail HAVOBA au sein la Direction technique nationale de la fédération pour créer un espace visant à prolonger la dynamique installée par les 5 formations HAVOBA (officiels, dirigeants, féminisation, sport scolaire, entraineurs)







