Avec l’appui de HAVOBA, la Fondation engagée pour un volleyball vecteur d’éducation et d’égalité, le projet Volleyball Impact Bénin a permis à de jeunes formateurs d’expérimenter concrètement la mixité sur le terrain, en créant et en accompagnant des équipes où filles et garçons doivent apprendre à jouer ensemble, au sens plein du terme.
Au début, rien n’est évident. Les équipes se forment, les ballons circulent, mais les réflexes restent. Certains monopolisent le jeu, d’autres s’effacent. Il faut intervenir, ajuster, expliquer. Trouver des moyens pour que la mixité ne soit pas juste une règle, mais une réalité vécue.

« Je mets des objectifs d’équipe qui obligent tout le monde à participer. Les joueurs changent de rôle pour comprendre l’importance de chaque position. On parle ouvertement après les matchs pour améliorer le jeu. » explique Mohamadou Ramadane, élève en classe de Première B à Kouandé. Dans son rôle de coach et d’animateur, il installe des cadres précis, pensés pour casser les automatismes. Parce que très vite, une difficulté revient : « Les moments délicats ? Quand les garçons dominent sans laisser jouer les filles. Je rappelle alors qu’on est une équipe et que chacun compte. », poursuit-il.
Le rappel est simple, mais il doit être répété. Encore et encore. Jusqu’à ce que quelque chose change dans la manière de jouer.

Du côté de l’arbitrage, l’équilibre se joue autrement. Il faut tenir la ligne, garantir un cadre juste pour tous. « Les moments les plus délicats sont souvent liés aux décisions d’arbitrage. J’ai essayé de rester impartiale et de prendre des décisions justes et équitables. » explique Masso Ngobi Rafiatou, élève en classe de 4e B à Koudé qui « a eu l’honneur de jouer le rôle d’arbitre et animatrice » lors de l’évènement. Dans des équipes mixtes, chaque décision est observée, interprétée, parfois contestée et devient un levier pour installer une forme de confiance.
Trouver l’équilibre dans le jeu
Car au départ, les résistances sont bien là. « Certaines personnes pensaient que les garçons et les filles ne peuvent pas faire les mêmes choses surtout dans le sport. » observe Orou Beri Kamida arbitre de Nikki. Un constat partagé : « Au départ il y a eu des résistances dues aux stéréotypes de genre et aux traditions culturelles », poursuit le coach Lawani Abdoul Wahab de Nikki. Les habitudes sont ancrées, et le terrain devient un espace où elles sont mises à l’épreuve.

Mais progressivement, les dynamiques évoluent. Pas de bascule brutale, plutôt une série de petits déplacements. « J’ai remarqué que les garçons deviennent plus attentifs et respectueux envers leurs coéquipières avec le temps, surtout quand ils voient l’impact positif sur le jeu. » explique Mohamadou Ramadane. « Oui, j’ai remarqué que les garçons sont devenus plus respectueux et attentionnés envers les filles de l’équipe. » poursuit Masso Ngobi Rafiatou.
Le changement passe aussi par la place donnée aux filles. Là encore, rien d’automatique. Il faut créer les conditions pour qu’elles s’expriment. « Je leur donne des responsabilités et je les encourage à prendre des initiatives. Je souligne ce qu’elles font bien. » explique Mohamadou Ramadane. Dans la même logique, « J’ai encouragé les filles à prendre des initiatives et à participer activement au jeu. J’ai également donné des feedbacks positifs pour renforcer leur confiance en soi. » enchaîne Masso Ngobi Rafiatou.
Ces ajustements s’appuient sur des outils concrets. Des règles, des routines, des espaces de parole. « Des rotations régulières pour que chaque joueur ait une chance de jouer à différentes positions. Des exercices de communication pour encourager les joueurs à travailler ensemble. Des séances de feedback pour discuter des problèmes et des solutions. » explique Masso Ngobi Rafiatou. L’idée n’est pas seulement de faire jouer ensemble, mais de permettre à chacun de comprendre sa place dans le collectif.
Construire la mixité sur et en dehors du terrain
Cela suppose aussi de s’adapter en permanence. « Adapter les exercices et les activités pour répondre aux besoins individuels », « encourager les joueurs à travailler ensemble et à se soutenir mutuellement », détaille Masso Ngobi Rafiatou. Une approche que l’on retrouve sur le terrain : « La mixité apporte plusieurs changements positifs chez les jeunes. Elle encourage la collaboration et le respect mutuel entre eux, aide à briser les stéréotypes de genre et favorise l’inclusion, l’entraide et l’empathie. » poursuit Lawani Abdoul Wahab.

Et ce travail déborde rapidement du cadre sportif. « À l’école, les élèves sont plus ouverts et plus respectueux les uns envers les autres. Dans la vie quotidienne, les jeunes sont plus enclins à travailler ensemble et à résoudre les problèmes de manière collaborative. » explique Masso Ngobi Rafiatou. Une évolution que d’autres confirment : « Que ce soit à l’école ou dans la vie quotidienne la mixité s’observe », poursuit Affo Moussa Oubedatou, coach.
Le regard des familles accompagne ce mouvement. « Ils sont fiers de voir les jeunes travailler ensemble et apprendre les uns des autres. » explique Masso Ngobi Rafiatou. Et, au-delà de la fierté, une idée s’installe : « Cela a permis de comprendre que ce que l’homme peut faire la femme peut le faire également. » enchaîne Affo Moussa Oubedatou de Bassila
Le volleyball devient alors un support, presque un prétexte. « Le volleyball est un bon levier pour aborder la question de l’égalité filles – garçon car il favorise la communication, le respect, le vivre ensemble. » explique Orou Beri Kamida. « Il permet également d’encourager la communication et le travail d’équipe, de montrer que les filles et garçons peuvent réussir ensemble. » poursuit Lawani Abdoul Wahab.
Sur le terrain, cela se traduit par des échanges plus équilibrés, des prises d’initiative différentes, une attention nouvelle entre coéquipiers. En dehors, par d’autres manières d’être ensemble. « Le travail d’équipe, le respect et la solidarité. » explique Orou Beri Kamida. « Des compétences sociales et émotionnelles utiles dans la vie quotidienne. » poursuit Lawani Abdoul Wahab.
Pour ceux qui encadrent, l’expérience laisse aussi une trace. « Je suis plus attentif à créer des environnements où chacun se sent valorisé. » explique Mohamadou Ramadane. « J’ai compris que chaque personne a son propre style et ses propres besoins. » poursuit Masso Ngobi Rafiatou.
Enfin, certains évoquent déjà la suite. « Élargir le projet à d’autres écoles et communautés, former davantage de formateurs et d’arbitres, créer des opportunités de compétition et d’échange entre les équipes mixtes. » explique Masso Ngobi Rafiatou. De son côté, Affo Moussa Oubedatou conclut : « Le projet m’a apporté le vivre ensemble dans la société, l’équité, l’amour et a aussi enrichi ma connaissance dans la pratique du volley-ball. »







