Étudiante en master à Sciences Po Lille et sportive de haut niveau en basketball, Diankéba Guirassy consacre son mémoire de fin d’études au sport comme outil de développement et de coopération internationale. Dans le cadre de ses recherches, elle s’est rendue en Côte d’Ivoire, à Abidjan, Koumassi et Gagnoa, pour observer de près la mise en œuvre du programme HAVOBA. Entre rencontres avec les acteurs institutionnels et les fédérations, découverte du terrain réhabilité et immersion au sein du camp ÔTHÊ 100 % filles, cette expérience de terrain lui a permis de confronter ses travaux académiques aux réalités locales. C’est un voyage qui a renforcé sa conviction. Lorsqu’il s’appuie sur les besoins des populations et une coopération durable, le sport peut devenir un puissant levier d’émancipation, d’inclusion et de transformation sociale.
Lors de votre visite du terrain de Koumassi, qu’est-ce qui vous a le plus marquée dans la conception et la mise en œuvre du projet porté par HAVOBA ?
Ce qui m’a frappée, c’est la rigueur avec laquelle HAVOBA a évalué le terrain avant même de concevoir le projet. Rien n’a été pensé depuis un bureau, les enseignants, les parents, les enfants, les habitudes de vie, les craintes, la sécurité, l’emplacement du terrain : tout a été ausculté, discuté avec les locaux, co-construit. Le projet s’est littéralement conformé à la réalité locale plutôt que de lui imposer un modèle préconçu.
Le moment où je me suis dit « ça, c’est vraiment pensé pour ici », c’est quand le DTN de FIHB Monsieur Kanté, m’a confirmé qu’un terrain supplémentaire en plein air sans surveillance n’aurait jamais été utilisé. Parce que les parents, très méfiant des « vices de la rue » si puis-je dire, n’auraient jamais pas laissé leurs enfants pratiquer sans garantie de sécurité et de contrôle. C’est un détail qui change tout et HAVOBA l’avait anticipé : le terrain a été construit dans école déjà très connu pour ces événements sportifs, surveiller par des gardiens et avec des enseignants pour encadrer. Ce n’est pas un projet qui est arrivé avec ses certitudes. C’est un projet qui a écouté avant de construire. Et les résultats parlent d’eux-mêmes : selon le DTN, le terrain a permis à beaucoup plus d’enfants de pratiquer le handball, et en voyant l’engouement de leurs enfants, plusieurs parents ont franchi le cap de les inscrire en club. Un cercle vertueux, humain et sportif, qui a tenu ses promesses.
Vous avez également participé à l’observation du camp ÔTHÊ. Qu’avez-vous ressenti au contact des jeunes filles et des encadrants présents sur place ?
Honnêtement, j’ai été émue. Voir autant de filles aussi déterminées, sous une chaleur écrasante, dans des conditions simples, et rayonner malgré tout, c’est ça, l’essence du sport, au-delà des infrastructures et des équipements : l’envie, au final.
Ce qui m’a traversée, c’est leur état d’esprit. Elles n’étaient pas là pour subir, elles étaient là pour prendre, emmagasiner, apprendre. Jeunes mais déjà avides de conseils, avenantes, débordantes de joie. Et cette joie-là, cette innocence ne mentait pas. Elles me disaient que ce camp était pour elles une vraie « safe place », un espace où elles pouvaient s’exprimer pleinement, sans filtre, sans jugement.
Et autour d’elles, des modèles. Safiatou Traoré, Virginie N’Cho, Patricia Lorougnon, Solange Ebondji : des légendes du basket ivoirien, des dirigeantes, des présidentes d’associations, et la liste ne s’arrête pas là. Des parcours singuliers, tous aussi inspirants les uns que les autres.
Sans oublier les coachs, ces hommes qui les épaulent et les incitent à se dépasser. Un aperçu de tout ce que la société peut faire naître, à partir du moment où elle choisit d’ouvrir la porte.
Sur l’instant, ce qui m’habitait avant tout, c’est ce qu’une expérience pareille vient bâtir en elles pour demain. Bénéficier de ces opportunités, si jeune, c’est leur transmettre quelque chose que le monde adulte, avec sa dureté, ne pourra jamais leur reprendre : la foi en leur propre valeur. L’assurance que, face à n’importe quel obstacle, malgré tout ce qu’on pourra leur dire, tout demeure à leur portée.
Au fil de vos échanges avec les fédérations et les acteurs du sport ivoirien, quel regard portez-vous sur l’impact des formations mises en place par HAVOBA ?
Ce qui a emporté ma conviction, c’est une constante : sans la moindre exception, chaque acteur rencontré a insisté sur le caractère profondément collaboratif des formations. J’avais en face de moi des professionnels chevronnés, rompus aux projets de développement, dotés de véritables points de comparaison et d’expériences solides. Leur jugement n’en portait que davantage.
Ce qu’HAVOBA a mis en place, c’est une dimension humaine et valorisante qui déborde largement le cadre du projet. Chacun, une fois le contenu des formations passé en revue, m’a confié une anecdote sur les formateurs : la relation nouée, la manière dont ils se sont sentis considérés. Ce climat les inspire et les incite à s’investir plus encore, non par obligation, mais parce que cette énergie-là, saine, donne l’envie d’agir et de restituer aussitôt au terrain.
Mais au-delà du ressenti, ce qui atteste qu’il ne s’agit pas d’un projet de passage, ce sont les effets concrets et désormais installés. Les formations ont débouché sur de véritables décisions structurelles et pionnières au sein des fédérations, en matière de digitalisation, d’organisation, de management. Aujourd’hui, les fédérations se professionnalisent, les offres destinées aux jeunes se multiplient, le niveau grimpe, les nations s’installent dans l’élite. Un cercle vertueux dont HAVOBA, épaulée par l’engagement des fédérations, a contribué à poser les tout premiers maillons.
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En arrivant en Côte d’Ivoire et plus particulièrement à Koumassi dans le cadre de votre mémoire, vous aviez certaines convictions mais aussi des interrogations. Quel bilan tirez-vous aujourd’hui de cette expérience de terrain ?
J’arrivais en Côte d’Ivoire avec cette conviction presque universelle que le sport peut être un outil de développement, un ascenseur social, un vecteur de diplomatie. Partout dans le monde, les sociologues l’ont documenté, théorisé, mis en évidence. Mais on le sait, le terrain sait parfois se montrer tout autre et contredire en un instant ce que les livres avancent. Je nourrissais donc aussi une crainte : celle de me heurter à des acteurs désengagés, mal à l’aise avec leur propre projet, ou enfermés dans une logique de façade. En posant le pied à Koumassi, la vraie question était là : la réalité se hisse-t-elle à la hauteur de l’ambition ?
La réponse n’a laissé aucune place au doute. Ce que j’ai observé, au camp ÔTHÊ, sur le terrain de Koumassi, au fil des échanges avec les référents, les fédérations et les jeunes, c’est un programme qui a accompli son travail en amont avec une rigueur et une précision rares. Et quand ce travail est mené sérieusement, le résultat en aval ne doit plus rien au hasard. Il est, presque mécaniquement, porteur de promesses.
Ce terrain est venu confirmer une chose : lorsque la méthode est juste, lorsque les acteurs locaux occupent le cœur du dispositif, le sport devient réellement ce levier de transformation qu’on lui prête. Non pas une promesse. Une réalité. Cette conviction, je ne la porte pas seulement en tant qu’étudiante, mais aussi comme sportive. Le sport m’a construite, il m’a appris ce que la discipline, le collectif et le dépassement de soi peuvent imprimer sur une trajectoire. C’est précisément parce que je l’ai vécu que j’aspire à y contribuer, en parallèle de ma carrière. Cette expérience aurait pu ébranler ces convictions, ces aspirations professionnelles. Elle les a, au contraire, enracinées un peu plus profondément.
Je repars avec un bagage inestimable : une clarté d’esprit, la certitude d’être à ma place, des compétences consolidées, des données qui viennent nourrir solidement mon mémoire, et une première sur le terrain qui, je l’espère, en appellera bien d’autres.







