Ancien joueur devenu dirigeant, Bello Bourdanne préside depuis 2023 la Fédération Camerounaise de Volleyball. Élu successivement à différentes responsabilités depuis 2002, il défend aujourd’hui une vision structurée et ambitieuse du sport. Après sa participation à la formation « Dirigeants » organisée par la Fondation HAVOBA, il revient sur les enseignements tirés et les perspectives du volleyball camerounais.
Vous avez récemment participé à la formation pour dirigeants organisée par la Fondation HAVOBA. Qu’est-ce qui vous a particulièrement marqué et en quoi cela a-t-il enrichi vos compétences de dirigeant ?
Cette formation a été bien plus qu’un simple séminaire technique. Elle m’a offert un véritable temps de réflexion sur notre manière de concevoir le sport et sa gouvernance.
Ce qui m’a marqué en premier lieu, c’est la qualité des échanges avec les responsables des fédérations de handball et de basketball du Cameroun. Les discussions ont été franches et constructives. Elles nous ont permis de confronter nos réalités, d’analyser nos modèles de gouvernance et d’identifier des synergies possibles. Le sport progresse lorsque les disciplines dialoguent et apprennent les unes des autres.
L’approche française de l’administration du sport a également été une révélation. L’implication structurée de l’État, des collectivités territoriales et des partenaires privés dans le développement sportif montre que la performance repose sur un cadre institutionnel solide. L’articulation entre politique publique et autonomie fédérale crée un environnement stable et favorable à l’excellence.
J’ai aussi été interpellé par l’implication des parents dans l’accompagnement des jeunes pratiquants. Ce modèle renforce la dimension éducative du sport et assure une base financière plus stable grâce aux licences et aux compétitions de jeunes. Cela contribue à installer une culture sportive durable.
Au-delà des aspects techniques, cette formation a conforté ma conviction que la gouvernance sportive doit être structurée, inclusive et tournée vers le long terme. Elle m’a également confirmé que le développement du volleyball au Cameroun doit s’inscrire dans une transformation institutionnelle et sociale plus large.
En somme, cette expérience a enrichi ma pratique de dirigeant et élargi ma vision du rôle stratégique que peut jouer le sport dans le développement de notre pays.
Concrètement, qu’est-ce que la formation HAVOBA vous apporte dans votre rôle à la tête de la Fédération Camerounaise de Volleyball ?
Cette expérience renforce l’idée que le développement durable du sport ne peut reposer uniquement sur les fédérations. Il doit s’inscrire dans une politique publique structurée, impliquant l’État, les collectivités territoriales et les partenaires institutionnels.
Elle m’a aussi permis de mieux comprendre l’importance d’une approche stratégique dans la recherche de financements. Les partenaires ne soutiennent plus seulement une discipline sportive : ils accompagnent un projet à impact social, éducatif et économique. Le sport doit être présenté comme un levier d’insertion, de cohésion sociale, de promotion de la jeunesse et de rayonnement international.
Cette vision m’amène à élargir notre réseau vers les ambassades, les agences de coopération comme l’AFD et d’autres institutions engagées dans les politiques publiques de développement. Le volleyball doit s’inscrire dans les priorités nationales en matière de jeunesse, d’éducation et de diplomatie sportive.
La formation a également mis en lumière la nécessité pour les fédérations d’être solides en interne, avec des ressources humaines qualifiées capables de porter des projets crédibles et d’en assurer le suivi.
Ma vision est celle d’un sport pleinement intégré aux stratégies nationales de développement, soutenu par une gouvernance transparente et professionnelle, et reconnu comme un outil de transformation sociale et de rayonnement du Cameroun.
Selon vous, quels sont les principaux enjeux actuels du volleyball au Cameroun, sur les plans sportif et structurel ?
Les enjeux du volleyball camerounais dépassent aujourd’hui le simple cadre d’une discipline sportive. Ils s’inscrivent dans une vision nationale où le sport devient un outil de performance, de jeunesse et de rayonnement international.
1. Faire du volleyball une discipline stratégique nationale
Le premier enjeu est de positionner le volleyball comme une discipline structurante du projet sportif camerounais. Nous disposons d’un potentiel humain important, d’une tradition compétitive reconnue en Afrique et d’une dynamique institutionnelle qui peut nous permettre de franchir un cap.
L’objectif doit être clair : installer durablement le Cameroun parmi les nations africaines dominantes et viser, à terme, la qualification olympique.
2. Transformer le modèle de performance
Sur le plan sportif, cela implique la mise en place d’un référentiel national unifié de formation, aligné sur les standards internationaux, ainsi qu’une professionnalisation progressive des centres de formation.
Il faut également élever le niveau d’expertise des entraîneurs grâce à des partenariats internationaux et inscrire notre planification dans le long terme, notamment en vue des cycles olympiques 2028 et 2032.
Il ne s’agit plus simplement de participer aux compétitions, mais de structurer un modèle de performance capable de produire des résultats réguliers.
3. Construire l’autonomie structurelle
Le volleyball camerounais doit disposer de ses propres outils de développement. La création d’un Centre National de Développement du Volleyball constitue une priorité stratégique.
Un tel centre garantirait l’autonomie organisationnelle des compétitions, la préparation continue des sélections nationales, la formation des cadres techniques et administratifs, ainsi qu’une meilleure maîtrise des coûts à long terme.
L’indépendance infrastructurelle est un facteur déterminant de compétitivité.
4. Moderniser la gouvernance et mobiliser les partenariats
Nous devons poursuivre la professionnalisation de la gouvernance fédérale, structurer davantage les ligues régionales et renforcer les capacités administratives.
Le volleyball doit s’inscrire dans une logique de partenariats multisectoriels associant l’État, les collectivités territoriales, les entreprises publiques et privées ainsi que la coopération internationale. Le sport doit être présenté comme un investissement social, éducatif et économique.
5. Inscrire le volleyball dans une diplomatie sportive
Enfin, le volleyball peut devenir un outil de diplomatie sportive, contribuant au rayonnement du Cameroun sur le continent et au-delà. L’organisation régulière de compétitions internationales et une présence accrue dans les instances africaines participent de cette stratégie.
L’enjeu global est donc de passer d’un modèle associatif traditionnel à un modèle stratégique, intégré et orienté vers la haute performance, capable de soutenir une ambition olympique et de contribuer à la vision nationale de développement par le sport.
Comment des initiatives comme celles de la Fondation HAVOBA peuvent-elles contribuer au développement du volleyball au Cameroun, notamment pour les jeunes et les dirigeants ?
L’initiative de la Fondation HAVOBA ne doit pas être perçue comme une simple formation ponctuelle. Elle peut devenir un véritable catalyseur d’une réforme structurelle du sport camerounais.
Ce qui distingue HAVOBA, c’est son approche intégrée. Elle agit simultanément sur les dirigeants, les officiels, la féminisation, la gouvernance et les technologies. Elle touche ainsi aux piliers essentiels de la transformation du sport moderne.
Dans un contexte où les fédérations africaines doivent évoluer vers plus de professionnalisation, de transparence et d’efficacité, HAVOBA apporte des outils concrets pour moderniser la gouvernance, structurer la planification stratégique, renforcer la mobilisation des ressources, intégrer l’innovation numérique et promouvoir une gouvernance inclusive, notamment à travers la féminisation des instances.
Au-delà du volleyball, cette initiative peut servir de modèle transversal pour d’autres disciplines au Cameroun. Elle montre que la réforme du sport ne passe pas uniquement par les résultats sur le terrain, mais par la transformation des mentalités, des méthodes et des structures.
Si cette dynamique est consolidée, évaluée et intégrée dans une vision nationale cohérente, elle peut contribuer à repositionner le sport comme levier stratégique de développement, renforcer la diplomatie sportive du Cameroun, améliorer la crédibilité des fédérations auprès des partenaires internationaux et attirer davantage d’investissements structurants.
HAVOBA peut ainsi devenir un laboratoire d’innovation et un accélérateur de professionnalisation pour le mouvement sportif camerounais.
À travers les volets dirigeants, officiels, féminisation et TIC, l’initiative touche l’ensemble de la chaîne de valeur du volleyball. Cette vision systémique est essentielle : le développement ne peut être durable que si tous les acteurs progressent de manière harmonisée.
Il est donc souhaitable que cette initiative s’inscrive dans la durée. Sa pérennisation permettra d’assurer un accompagnement continu, de mettre en place des mécanismes réguliers d’évaluation et de suivi, et de corriger ou d’ajuster ce premier volet fondateur afin d’en maximiser l’impact et d’envisager sereinement les étapes suivantes.
PORTRAIT – Bello Bourdanne, un parcours bâti sur la continuité
Ancien joueur reconverti dirigeant, Bello Bourdanne incarne une ascension progressive au sein du volleyball national. Convaincu que la performance sportive repose aussi sur des institutions solides, il s’engage très tôt dans la gouvernance. En 2002, il est élu Secrétaire Général d’une Ligue Régionale, forgeant son expérience en gestion et en organisation.
En 2008, il crée une académie dédiée à la formation des jeunes talents et devient troisième vice-président de la Fédération Camerounaise de Volleyball. Premier vice-président en 2013, il accède à la présidence en 2023.






