Le 24 octobre à Cotonou, Ali Yaro, président de la Fédération béninoise de volleyball, a pris part aux tables rondes organisées par HAVOBA autour des enjeux de gouvernance, de formation et de développement du volleyball en Afrique. Quelques jours après cette occasion, il est revenu sur son parcours personnel, son engagement de longue date pour la discipline et les défis structurels auxquels fait face le volleyball béninois.
Comment êtes-vous arrivé au volleyball et comment s’est construit votre parcours de joueur ?
Comme tout enfant de notre génération dans les années 80, j’ai commencé par le football de rue. Jusqu’à la classe de seconde, j’étais toujours dans le football. C’est par pur hasard que je me suis retrouvé dans le volleyball, à travers les championnats scolaires. À la suite d’une blessure, je ne pouvais pas jouer le match de football et mon professeur de sport m’a appelé pour compléter l’équipe de volleyball.
J’ai ensuite repris les entraînements jusqu’à avoir le bac en 1988, en évoluant dans la sélection scolaire départementale de l’Ouémé, qui a participé au premier championnat national de volleyball à Porto-Novo. Après, il fallait rejoindre Cotonou pour les études à l’Université Nationale du Bénin. J’ai commencé à jouer avec des copains à l’Unafrica Club de Cotonou, avant de rejoindre l’équipe de l’Université Nationale du Bénin, actuelle UAC, dans laquelle j’ai joué toute ma carrière, avec un passage au Nigeria pendant mes études.
Comment êtes-vous passé du terrain à l’encadrement, puis à l’administration sportive ?
Après avoir été longtemps capitaine de l’université puis capitaine de l’équipe nationale, il m’a été confié l’encadrement de l’équipe universitaire, puis de la sélection nationale cadette et ensuite de l’équipe nationale senior dames.
Très tôt, j’ai commencé une carrière dans l’administration sportive, d’abord comme responsable à l’organisation à la Ligue de l’Atlantique-Littoral, puis comme Trésorier Général Adjoint de la Fédération Béninoise de Volleyball. J’ai ensuite été Secrétaire Général pendant trois mandats et troisième vice-président, avant d’être élu président de la Fédération Béninoise de Volleyball en 2018.
En quoi votre parcours sportif a-t-il influencé votre trajectoire personnelle et votre leadership ?
D’une manière ou d’une autre, ce parcours sportif a eu des influences sur ma trajectoire personnelle. Je ne pourrais pas dire si je serais à cette étape-là si je n’avais pas fait le sport, notamment le volleyball. Le fait d’avoir franchi toutes ces étapes m’a apporté beaucoup d’ouverture.
Cela tient compte de mon parcours, des expériences comme joueur, entraîneur et administrateur, mais aussi des formations et renforcements de capacités que j’ai suivis, notamment en management des organisations sportives. J’ai soutenu un master à Lausanne, suivi des modules à l’université de Louvain en Belgique, à Kigali et à l’INSEP à Paris. Tout ceci a contribué à améliorer le leadership que j’essaie d’imprimer à la tête de la Fédération. »
Qu’est-ce qui motive aujourd’hui votre action à la tête de la Fédération ?
La motivation principale vient de l’engouement et du fait que les acteurs adhèrent à la vision que nous avons mise en place. Chacun s’y met d’une manière ou d’une autre.
Comment jugez-vous l’évolution des clubs et des structures locales ?
Grâce au Ministère des Sports et aux projets mis en place, les clubs sont de mieux en mieux structurés. Ce n’est pas encore la perfection, mais c’est mieux qu’il y a quelques années, en termes d’administration, de qualification des encadrements techniques et du niveau des joueurs.
C’est pareil pour les ligues régionales, où les différents thèmes de renforcement des capacités permettent d’améliorer la qualité de la gestion managériale.
Comment le programme HAVOBA est-il entré dans le paysage sportif béninois et qu’est-ce qui vous a convaincu de vous y engager activement ?
HAVOBA est entré dans le paysage sportif béninois dans le cadre d’une coopération entre les Fédérations Françaises de Handball, Volleyball et Basket et les Fédérations soeurs Béninoises pour des formations à destination des instances dirigeantes et non des athlètes. C’est une initiative rare car les projets s’adressent souvent aux athlètes alors qu’HAVOBA a pour objectif de renforcer les compétences des acteurs administratifs bénévoles et cadres techniques qui soutiennent les disciplines.
Le sport scolaire est un axe fort du programme. En quoi cet enjeu rejoint-il vos priorités pour le volleyball au Bénin ?
La politique gouvernementale sportive au Bénin promeut depuis des années le Sport Scolaire à travers des classes sportives et des championnats scolaires nationaux dont les phases finales sont diffusées à la télévision nationale. Afin d’augmenter le nombre de pratiquants et développer l’apprentissage du volleyball dès le bas âge, nous devons vulgariser la pratique du volleyball auprès des plus jeunes. Le milieu scolaire devient le meilleur lieu d’expression pour atteindre cet objectif. Dans le cadre d’HAVOBA, une convention de partenariat est en cours de signature avec le ministère de l’enseignement primaire pour permettre aux cadres techniques de la Fédération d’intervenir dans les écoles primaires pour faire découvrir le Kid Volley aux enfants à l’exemple du programme Smashy de la Fédération Française de Volleyball qui intervient dans les écoles primaires.
Après la journée d’échanges des tables rondes du 24 octobre sur la Féminisation et le Sport Scolaire, quelles premières étapes ou initiatives envisagez-vous pour poursuivre le travail amorcé avec HAVOBA
Tous les participants aux formations HAVOBA Féminisation, Sport Scolaire mais également Dirigeants, Entraîneurs et Officiels ont entamé des séances de restitution des formations dans toutes les ligues régionales pour transmettre les compétences acquises. A ce jour, nous comptons plus de 500 personnes au volleyball ayant participé aux séances de restitution des formations HAVOBA dans 10 villes sur l’étendue du territoire national. La Fédération a opté pour des participants aux formations qui venaient de nos ligues régionales pour mettre en pratique l’effet boule de neige. Le nombre de bénéficiaires atteint à ce jour soit plus de 500 prouve que nous avons choisi la bonne stratégie en associant nos ligues régionales.
Quels sont aujourd’hui les principaux défis du volleyball béninois ?
Les grands défis sont dans la formation, avec un renforcement continu des capacités de nos cadres techniques. Nous avons une direction technique nationale qui travaille à plein temps, et il faut renforcer ces cadres pour ne pas être en déphasage avec la réalité du volleyball africain et mondial.
Aujourd’hui, l’infrastructure reste le gros problème que nous connaissons au Bénin. Une très bonne compétition se joue dans une salle. Un championnat de qualité se joue forcément en salle, et pour le moment, nous n’en avons pas en quantité suffisante.
Quels résultats sportifs majeurs retenez-vous depuis 2018 ?
Je peux retenir la médaille d’argent de l’équipe nationale senior hommes à Accra en 2019 lors de la CAN de la zone 3/CAVB (Confédération Africaine de Volleyball) ainsi que les belles performances de 2022 en Côte d’Ivoire.
Au niveau des clubs, nous avons des participations régulières à la Coupe d’Afrique des clubs champions de la zone 3/CAVB, avec des places de vice-championnes chez les dames, notamment à Ouagadougou en 2025, à Lomé en 2015 et à Ouaga en 2008.
Le beach-volley constitue-t-il un tournant pour le Bénin ?
Les deux qualifications historiques en beach-volley sont un grand succès : les U18 qualifiés pour les championnats du monde au Qatar et les seniors qualifiés pour les championnats du monde en Australie en 2025. À l’issue de cette compétition, le Bénin est sorti première nation africaine au classement.
Au-delà des résultats sportifs, quels progrès institutionnels mettez-vous en avant ?
Beaucoup de choses ont été faites sur le plan administratif et du renforcement des capacités. Des joueurs s’expatrient, des cadres obtiennent des diplômes, huit entraîneurs sont aujourd’hui très actifs, et des arbitres sont appelés à officier dans plusieurs pays africains.
Comment avez-vous concilié sport de haut niveau et carrière professionnelle ?
Je suis cartographe de formation à l’Institut Géographique National. J’ai gravi toutes les étapes jusqu’au poste de Directeur. Ce n’était pas évident, mais grâce à la compréhension de mes supérieurs, j’ai pu cumuler le sport et la carrière professionnelle.






